On l’a peut-être oublié, mais c’est en tant que messagerie privée qu’American Express a commencé son histoire, en 1850, dans l’État de New York. La fameuse carte de crédit n’a fait son apparition… qu’un siècle plus tard. Misant tout sur le service et les facilités de paiement accordées à ses titulaires, la carte American Express est devenue aujourd’hui synonyme de luxe et de voyage haut de gamme.
Nous sommes au milieu du XIXe siècle, aux Etats-Unis d’Amérique, l’époque de la construction du réseau de chemin de fer et de la ruée vers l’Ouest. Des milliers de personnes quittent les côtes de l’Atlantique pour tenter leur chance vers le Pacifique. Les vols de lettres ou de colis étant fréquents, le transport de l’argent assez risqué, et le tarif postal élevé, l’engouement pour les messageries privées se développe.
Henry Wells, l’un des fondateurs d’American Express, a précisément commencé sa carrière comme agent de messageries, dans une entreprise de navires à vapeur connus pour être les plus rapides de tous dans le transport des cargaisons et des passagers sur la rivière Hudson. Ambitieux, Henry Wells décide bientôt de fonder, avec ses collègues George Pomeroy et Crawford Livingston, sa propre compagnie de messageries : Pomeroy & Co. Henry Wells y remplit les fonctions de directeur, d’agent maritime et de messager. Il s’y distingue notamment en offrant des services additionnels à ses clients. Par exemple, si un restaurateur de Buffalo se plaint de ne pas trouver d’huîtres, il trouve le moyen de lui en procurer à Albany et de les lui faire parvenir via containers…
Toujours à l’affût de nouveaux talents, Henry Wells engage bientôt William Fargo, alors transitaire pour les chemins de fer d’Auburn et Syracuse, et un an plus tard, s’associe avec lui pour créer la Western Express, un service de messageries assurant le transport par diligence et bateau à vapeur de Buffalo à Detroit (le chemin de fer n’existe pas encore dans ces régions). Puis Henry Wells vend Western Express à ses partenaires Fargo et Livingston pour exploiter de son côté les lignes de messageries entre New York et Buffalo.
Dans ce secteur en pleine expansion, les concurrents se multiplient ; parmi eux, la compagnie Butterfield & Wasson, qui contrôle les lignes de diligences dans l’Ouest et dans l’état de New York, et qui, assez vite, empiète sur la ligne NewYork -Buffalo exploitée par Henry Wells. Pour mettre un terme à ces problèmes de concurrence (les déplacements ont centuplé entre 1841 et 1849 !), Butterfield, Wells et Fargo décident de s’associer pour former un monopole contrôlant l’ensemble de l’industrie du transport sur les routes de l’Est. Et c’est ainsi qu’en mars 1850 naît la société American Express.
Avec l’augmentation du nombre d’immigrants et l’expansion du commerce avec l’Europe, la nouvelle entreprise se spécialise dans le transport transatlantique des marchandises et dans les services facilitant la circulation des flux financiers. En 1891, elle lance ainsi le Travelers Cheque American Express, un mandat plus sûr et plus pratique que les mandats postaux existants. Son premier bureau hors du territoire américain est ouvert en France, à Paris, et devient vite, pour les voyageurs américains, une sorte de seconde maison : ils viennent y retirer de l’argent et y recueillir leur correspondance, bref, profiter d’un « service concierge » avant l’heure ! Cette particularité explique sans doute qu’à l’annonce de la Première Guerre mondiale, le bureau de la rue Scribe devienne soudain le lieu de refuge des Américains restés en Europe. American Express les aide à rentrer chez eux, avec une efficacité qui va édifier sa réputation pour longtemps. Cette réputation de confiance crée du reste une demande croissante qui pousse la compagnie à multiplier les bureaux de représentation à travers le monde et à amorcer un deuxième tournant, celui du voyage.
L’essor du tourisme, dans les années cinquante, favorise en effet l’émergence d’un nouveau moyen de paiement : la carte de crédit. Après quelques hésitations causées par la peur de ruiner le Travelers Cheque qui a fait son succès, American Express se lance dans l’aventure. La première carte, émise en 1958, est en papier et de couleur violette, pour rappeler le design des chèques de voyage. Le jour du lancement, 250 000 cartes sont vendues et dès la fin de l’année, on compte plus de 500 000 titulaires – dont Elvis Presley et le Président des États-Unis, Dwight D. Eisenhower ! En cette première année de fonctionnement, la carte est acceptée dans plus de trente mille établissements à travers le monde, pour une cotisation annuelle de six dollars. (Il faudra attendre 1964 pour la voir arriver en France ; les Galeries Lafayette seront l’un des premiers magasins à l’accepter).
« Le jour du lancement, 250 000 cartes sont vendues et dès la fin de l’année, on compte plus de 500 000 titulaires – dont Elvis Presley et le Président des États-Unis, Eisenhower ! »
Huit mois après son introduction sur le marché américain, la version plastifiée de la carte fait son apparition. Grâce aux machines à gaufrer qui permettent d’imprimer les chiffres et les noms en relief sur le carbone, elle est plus difficile à contrefaire et les paiements sont plus rapidement réalisés. Trois ans plus tard, la carte vire au vert, selon le principe implacable que si cela fonctionne comme de l’argent, cela doit y ressembler… « The new money », telle est donc la signature de la publicité de l’époque.
En 1966, avec la sortie de la « Gold Card » spécifiquement dédiée aux cadres, la compagnie initie la stratégie de « gammes » différenciatrices qui fera son succès. En 1984, American Express crée la carte Platinum, offerte sur invitation aux titulaires qui sont membres Gold depuis au moins deux ans et qui effectuent des dépenses importantes avec leur carte. En 2004, c’est le tour de la carte Centurion ; encore plus exclusive, elle est proposée aux clients Platinum les plus importants. En France, moins d’un millier de personnes en bénéficient…
Fidèle à sa politique de service et d’assistance du client, la compagnie lance en 1984 son service « concierge », à destination des membres de la carte Platinum (puis, plus tard, des membres Centurion). L’idée est simple (à formuler, du moins…) : satisfaire n’importe quelle demande, où que ce soit. Obtenir des places à l’Opéra, changer un billet d’avion, envoyer des fleurs ou réserver une table à l’autre bout du monde… tout est possible ! C’est dans cette même logique qu’American Express crée en 1991 son programme de fidélité, « Membership Rewards », qui permet au titulaire de cumuler des points convertibles en billets d’avion, en nuits d’hôtels ou en matériel électronique.
Cinquante ans après sa création, la carte American Express est émise à 86 millions d’exemplaires dans le monde, et la société est le premier émetteur mondial de cartes non bancaires. Un joli succès pour l’ancienne messagerie privée.
Claire Moyrand
Photo : © Archives American Express


