Lancée en 1953, la Super-Cocotte SEB reste le produit emblématique de l’entreprise bourguignonne, au même titre que la poêle antiadhésive a représenté le fer de lance de Tefal, ou le moulin à légumes celui de Moulinex. Si le succès de cet autocuiseur nouvelle génération a reposé initialement sur des raisons économiques, les arguments pour convaincre les consommateurs ont su évoluer en même temps que les modes de vie et d’alimentation de ces derniers.
Au moment du lancement de la Super-Cocotte SEB, une vingtaine d’entreprises proposent déjà des autocuiseurs sur le marché français. Mais la nouvelle venue présente des atouts qui vont très vite la faire sortir du lot. Première originalité, elle est fabriquée par emboutissage, procédé dont l’entreprise SEB, créée depuis près d’un siècle, est une spécialiste. Cette méthode de fabrication lui confère une grande résistance, encore renforcée par l’utilisation de l’aluminium laminé. Par ailleurs, sa conception est tout à fait inédite, puisque la soupape en caoutchouc éjectable a fait place à un système à double soupape et à étrier, ce dernier venant se loger sous les oreillons de la cuve. Plus résistante et plus sûre, elle est également moins chère d’environ 40 % que ses concurrentes : en somme, elle a tout pour plaire.
UNE COCOTTE QUI CHANGE LA VIE !
Le succès est d’autant plus rapide qu’elle répond parfaitement aux préoccupations de l’époque. Trois ans seulement après la fin des tickets de rationnement, les ménagères ont avant tout à coeur de bien nourrir leur petite famille… tout en jonglant avec des budgets serrés – la fin des prix imposés a eu pour conséquence une forte augmentation de nombreux produits. Si le boeuf constitue alors un élément majeur de l’alimentation quotidienne, il présente l’inconvénient de nécessiter une longue cuisson, en particulier pour les morceaux les moins onéreux. Autrement dit, la ménagère risque fort de dépenser en gaz ce qu’elle économise chez le boucher ! C’est donc avant tout l’argument économique qui est mis en avant au moment du lancement, lequel est accompagné d’une publicité massive et imaginative. Toute une panoplie de supports commerciaux est déployée dans le pays, du fameux slogan « Seb, Sebo, Sebon » jusqu’aux témoignages de femmes au foyer, dactylos et maris comblés racontant sur des affiches comment la Super-Cocotte a changé leur vie ! Sans oublier la caution scientifique d’un descendant de Denis Papin, l’inventeur du tout premier cuiseur à pression, en 1675, qui la reconnaît comme « héritière légitime »… En même temps, le livre de recettes de Françoise Bernard se charge d’une véritable pédagogie à l’égard des utilisatrices, qu’il faut familiariser avec ce nouveau mode de cuisson.
« Toute une panoplie de supports commerciaux est déployée, du fameux slogan « Seb, Sebo, Sebon » jusqu’aux témoignages de maris comblés racontant sur des affiches comment la Super-Cocotte a changé leur vie ! »
« QU’EST-CE QUI EST ROUGE ET QUI VA VITE ? »
Les années soixante ne font que confirmer le succès. En cette décennie de consommation, au cours de laquelle les foyers français s’équipent massivement en électroménager, notre Super-Cocotte continue son ascension, représentant environ 80 % du marché. En 1968, c’est le couronnement : à l’occasion de la dix millionnième Super-Cocotte vendue, on fabrique un exemplaire unique en or, un beau bébé de 6,4 kilos ! La décennie soixante-dix continue sur la même lancée. Mise au goût du jour grâce à des modèles orange et fleuris, la cocotte est désormais l’amie des femmes qui travaillent, de plus en plus nombreuses. Pour elles, la priorité, c’est d’aller vite ! C’est pourquoi une publicité en deux temps, très moderne, vient rappeler les avantages pratiques de la cocotte. Les murs du pays se tapissent tout à coup d’un message mystérieux : « Qu’est-ce qui est rouge et qui va vite ? » Après quelques jours de suspense, la réponse apparaît, sous la forme d’une cocotte rouge et étincelante… Le record historique de ventes est atteint en 1975, avec le chiffre impressionnant de 1 727 733 ! La déferlante de Cocottes-Minute (nom utilisé depuis 1977) traverse les frontières, jusqu’au Moyen-Orient et au Japon.
UNE COCOTTE COCOONING
La première évolution technologique majeure depuis le lancement du produit a lieu quelques années plus tard, avec Sensor, cocotte à baïonnette. Développée pour certains pays rétifs au système de l’étrier, elle séduit vite le marché français, en offrant à la fois une plus grande simplicité et une rapidité extrême de cuisson. Née pour le boeuf bourguignon, notre cocotte excelle pour le filet de poisson et les haricots verts… y compris si tout cela sort tout droit du congélateur. Les années quatre-vingt-dix se caractérisent par le « cocooning » : face à un monde d’incertitude, on se replie sur son foyer. Certes, il existe aussi une tendance à des repas plus souvent pris à l’extérieur ou déstructurés, mais les Français restent en général attachés aux dîners en famille, ainsi qu’aux repas entre amis. La cocotte, mode de cuisson simple et rapide, mais aussi diététique, reste plus que jamais au goût du jour. Et le livre de cuisinières de Françoise Bernard est toujours la bible de neuf cuisines sur dix. Une nouvelle édition sort en 1993. Au cours de cette décennie, SEB, soucieuse de coller aux nouvelles tendances, sort un nouveau modèle presque chaque année, et notamment, en 1995, Clipso, cocotte du troisième type parfaitement silencieuse, qui fait la conquête de cent cinquante pays. Depuis, la Super-Cocotte de 1953 a vu naître de nouvelles petites soeurs, qui, selon SEB, ont toujours le même objectif : donner envie de cuisiner tous les jours en réconciliant bonnes saveurs et rapidité. Avec une telle mission, on imagine que la famille Cocotte n’a pas fini de grandir !
Sophie Chabanel
Photos : © Archives SEB


