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Ceintures lombaires pour dos mal en point, bas de contention pour jambes au système veineux calamiteux, minerves pour cou défaillant : ces produits font depuis longtemps partie de notre vie quotidienne, celle de nos corps malmenés. Ils doivent leur existence à un homme, Maurice Thuasne, qui a complètement « inventé » le secteur du textile médical et mis sur orbite depuis Saint-Étienne, en 1910, ce qui allait devenir un groupe européen, leader dans ce domaine. Un longue histoire, menée par la même famille depuis ses débuts puisque Thuasne est aujourd’hui dirigée par Elisabeth Ducottet, représentante de la cinquième génération.
L’histoire de Thuasne prend ses racines en 1847 à Paris, quand le grand-père de Maurice Thuasne ouvre son premier négoce de rubans et articles pour chapellerie. Il croise le chemin d’un industriel de la Somme, spécialisé dans les tissus élastiques, et ils fondent ensemble l’entreprise « Cattaert et Compagnie » qui fabrique du tissu élastique pour jarretelles, jarretières, bretelles.
En 1901, Maurice Thuasne prend les rênes de l’entreprise familiale. Cet homme, formé pendant cinq ans comme ingénieur textile à Mulhouse, est un inventeur acharné. Très vite, il complète la gamme par des tissus pour ceintures et bandages : les prémices d’une orientation médicale. Dès 1928, il utilise le latex naturel pour toute une gamme de tissus élastiques, créant les marques Néoplastic et Néoplastex. En 1932, il élabore sa première bande à varice, développe un système de nouveaux tissus élastiques deux sens, bref il est sur tous les fronts, a du flair, s’adapte, innove. Ceci depuis Saint-Étienne où il s’est installé dès 1910. L’usine emploie alors plus de cent personnes, sans compter les ménagers à domicile, et des machines sont installées jusque dans les greniers…
INTUITION GÉNIALE
Son intuition géniale demeure toutefois de modifier radicalement l’orientation de l’entreprise après la Seconde Guerre mondiale. Jusque-là fournisseur des confectionneurs de bretelles, de jarretières et de ceintures, Maurice Thuasne comprend, en effet, que ce domaine n’a plus d’avenir. Il choisit alors de se tourner vers le médical. « C’était une vision personnelle très puissante et audacieuse, explique Elisabeth Ducottet. Bandes élastiques de contention, ceintures, orthèses… tous ces produits n’existaient pas, et c’est Thuasne qui a écrit leur cahier des charges – un descriptif très précis ! – avec l’administration de la Santé de l’époque. Cela dit, ce passage au textile médical a été une décision difficile. »
« Bandes élastiques de contention, ceintures, orthèses… tous ces produits n’existaient pas, raconte Elisabeth Ducottet. C’est Thuasne qui a écrit leur cahier des charges avec l’administration de la Santé de l’époque. »
Elisabeth Ducottet souligne l’importance de ce virage qui fait de Thuasne une marque et un fabricant de produits finis comprenant toute la gamme des orthèses et produits de contention textiles thérapeutiques. Il ne s’agit plus de fabriquer du textile élastique au kilomètre mais de confectionner ceintures lombaires, coudières, orthèses d’immobilisation du poignet, colliers cervicaux… Ceci implique d’investir dans des machines spécifiques, de concevoir un packaging adéquat. Il faut organiser la distribution, développer le marketing pour soutenir la marque Thuasne, déposer des brevets. Le fabricant stéphanois entreprend ainsi une véritable métamorphose. « Cette stratégie d’innovation fait vraiment partie de la culture d’entreprise. Mon grand-père était un grand insatisfait, taraudé par ce qu’il n’avait pas encore réalisé. Il était un moteur de mutation. L’entreprise était le centre de sa vie, il y consacrait ses journées, ses nuits, ne s’accordait pas de vacances. » Cet homme charismatique et véritable flamme de l’entreprise y est d’ailleurs resté jusqu’à l’âge de 94 ans !
JAMBES HÉRISSÉES DE CAPTEURS
Dans le hall d’accueil du site de Saint-Étienne, une haute bannière déroule les étapes de cette longue histoire. Et une cannetière, machine datant du début du XXe siècle, rappelle son métier premier : le textile étroit élastique. L’usine stéphanoise historique abrite encore des ateliers de production, la R&D, et le marketing de ce qui est devenu un groupe international. Dans le vaste hall, cent métiers à aiguille, alimentés par douze tisseurs tournant en trois huit, fabriquent ces tissus élastiques qui deviendront ceintures lombaires ou bandes de contention… L’hévéa en provenance de Thaïlande se mêle au fil, et tout est piloté automatiquement. Les tisseurs surveillent la qualité du travail et approvisionnent le métier en fil de trame. Ils ont été formés surplace car le travail du tissu élastique ne s’apprend pas dans les écoles. « Je suis tisseuse postée depuis six ans chez Thuasne, témoigne Isabelle, 47 ans. Ici, on est bien considéré, on ressent très vite le côté humain. L’entreprise a une longue histoire derrière elle, à mon avis ceci explique cette ambiance de travail particulière ».
Thuasne s’appuie à Saint-Étienne sur quatre sites, sans compter ses usines en Europe, l’innovation et l’internationalisation allant bon train. Il y a dix ans a été créé le centre d’appels où le service clientèle reçoit jusqu’à 2 000 appels par jour, émanant des pharmaciens, clients de l’entreprise, mais aussi des médecins, orthopédistes. « Il ne s’agit pas seulement de prise de commande, nous faisons beaucoup de conseil, chaque pathologie a sa ceinture », explique son responsable. Depuis quinze ans, un nouveau site stéphanois s’est spécialisé dans les bas de contention où tournent quatre-vingts métiers à tricoter : 5 000 paires de bas en sortent chaque jour, dans des couleurs basiques, mais aussi fun et mode. À la visite, on découvre des jambes factices hérissées de capteurs, destinés à contrôler la contention qui varie de 1 à 3.
Depuis juin 2000, un atelier réalise aussi des produits sur mesure, ces pièces uniques pour personnes aux dimensions atypiques. Atelier de silicone pour la fabrication des prothèses mammaires, diversification vers les produits pour sportifs ou les articles techniques pour le maintien à domicile, l’entreprise ne cesse de se développer sur un marché mondialisé. Car une menace guette : le possible déremboursement par la sécurité sociale des produits fabriqués par Thuasne…
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Laurence Jaillard
Photos : © Thuasne








