Depuis ses origines, l’ambition de Citroën, troisième constructeur français, a été de démocratiser l’automobile. Son histoire est ainsi jalonnée de nombreuses innovations avant gardistes au service du bien-être, de la sécurité et du design.
Citroën, c’est d’abord André Citroën (1878-1935), un capitaine d’industrie visionnaire. S’il crée son entreprise après Armand Peugeot et Louis Renault, il n’en écrit pas moins une des plus belles pages de l’industrie automobile française. Les reconversions industrielles sont souvent difficiles ; tel n’est pas son cas. Polytechnicien de formation, il fonde en 1913 la société des engrenages Citroën, sise quai de Javel, qui prendra le nom de quai André-Citroën en 1958. Au cours de son voyage de noce en Pologne, il découvre que l’un de ses parents utilise des engrenages à double chevron pour ses minoteries. De retour à Paris, il adapte cette technique à l’industrie de l’acier et en dépose le brevet. Il transforme son usine en fabrique d’obus pendant la Première Guerre mondiale, et dès la fin du conflit, la reconvertit dans la construction automobile. Il a pour lui un atout de maître : le fordisme, qu’il a importé d’un voyage aux États-Unis. En septembre 1919, Citroën est le premier constructeur à fabriquer une voiture en grande série, la Torpédo ou Type A (qui sera aussi la première voiture française à avoir le volant à gauche).
En 1922, il détient 21% du marché. Le double chevron, qui reprend la denture des engrenages, signe la réclame et ornera à partir de 1931 les calandres de ses automobiles. L’histoire de la marque est jalonnée de multiples innovations, d’abord sur le plan commercial : la 5 CV type C, peinte en jaune citron, marque la démocratisation de l’automobile ; grâce à sa facilité de conduite et d’entretien, elle devient la première voiture « pour femme ».
Quant à la 2 CV, lancée en 1948 mais imaginée dès 1936, elle est conçue à partir d’un cahier des charges minimal et cependant décisif : « quatre roues sous un parapluie, véhicule économique et sûr, capable de transporter quatre personnes et 50 kg de bagages dans un maximum de confort ». Forte d’un fabuleux succès populaire, la 2 CV sera fabriquée jusqu’en 1990 à plus de 3 800 000 exemplaires.
Les innovations techniques sont également légion. Citons d’abord la Traction avant, commercialisée de 1934 à 1957, fruit du coup de crayon magistral du dessinateur sculpteur Flaminio Bertoni et du génie technique de l’ingénieur André Lefebvre, issu de l’aéronautique. Lancée en 1955 et produite jusqu’en 1975, la DS 19 (« D » pour dernier moteur, « S » pour spécial et « 19 » pour la cylindrée,1 911 cm3) est tout aussi révolutionnaire. Ligne profilée, suspension hydropneumatique à correcteur automatique de hauteur, freins à disques (créés par Dunlop), volant à branche unique, phares tournants : la DS est fidèle à son slogan, « Pour vous, cette voiture travaille toute seule. » La décennie 1960 est celle de l’Ami 6, de la Dyane et de la Méhari, véhicule original tous chemins, tous usages.La décennie 1970 est celle de la GS, de la CX, de la LN et de la Visa ; c’est aussi celle de l’internationalisation de l’entreprise, avec la GS en fer de lance. La décennie 1980 débute avec la BX, se poursuit avec l’AX, équipée d’un groupe moto propulseur entièrement nouveau, et s’achève avec la XM, véhicule haut de gamme doté de la suspension Hydractive associant l’électronique et l’hydraulique. La décennie 1990 est marquée par la Xantia (1993) et son système Activa, et, dans le segment des véhicules utilitaires, par Berlingo, Jumpy et Jumper. Quant à la Xsara (nom d’un vin grec), lancée en 1997, elle devient le monospace Xsara Picasso en 1999. La décennie 2000 revient aux noms codés, C indiquant Citroën, et le chiffre, la position dans la gamme — de la C1 en 2001 à la C8, jusqu’à la gamme DS en 2009.
L’innovation se décline aussi sur le plan de la communication, l’ambition d’André Citröen étant que « chaque petit enfant crie papa, maman, Citröen ! ».
À l’ouverture du septième salon de l’automobile, un avion écrit ainsi sur cinq kilomètres dans le ciel de Paris le nom de Citroën en lettres de fumée… De 1924 à 1934, ce même nom s’inscrit en typographie électrique sur la tour Eiffel — pas moins de 250 000 ampoules et 600 kilomètres de fil électrique seront nécessaires pour cet exploit ! André Citröen organise également des croisières devenues fameuses : la Sahara (1922-1923), la Noire (1924-1925) et la Jaune (1931-1932).
Dans les années 1980, les campagnes réalisées par Jacques Séguéla marquent les esprits : en 1981, l’affichiste Savignac fait s’envoler un petit bonhomme au volant de chevrons, « les chevrons sauvages» ; en 1985, la CX est éjectée hors de la bouche de Grace Jones ; en 1986, la Visa GTI décolle du porte-avions Foch et refait surface sur le toit d’un sous-marin atomique…
Retour au réalisme en 1993 avec, pour le lancement de la Xantia, le slogan « Vous n’imaginez pas tout ce que Citroën peut faire pour vous ». En 2004, le réalisateur Tarsem met en scène un voleur qui se glisse dans un musée pour tenter d’y dérober une toile de Picasso ; la course poursuite se conclut sur la chute du voleur et la signature « Xsara Picasso, pour une conduite plus sûre »… Mais la meilleure campagne de la marque fut involontaire : elle eut lieu le jour où, dans une DS 19, le général de Gaulle échappa aux 103 balles de l’OAS, au Petit-Clamart.
Pour des raisons financières, la marque a failli disparaître deux fois. La première en 1934, quand André Citroën, acculé par la faillite, fut contraint par le gouvernement de revendre sa société à Michelin, son principal créancier. La seconde en 1974, quand Peugeot racheta Citroën à Michelin pour former le groupe PSA Peugeot Citroën. Devenu une marque internationale dans les années 1970, Citroën vend aujourd’hui les deux tiers de sa production à l’étranger et la Chine est son deuxième marché.
Pour un parcours initiatique, une seule adresse : le C42, avenue des Champs-Élysées.
Jean Watin-Augouard, conseil en patrimoine De marque, auteur d’Histoires de marques (Eyrolles)
Photos : Citroën



